Correspondance avec Dorothée Piatek

par | 11 mai 2008

Bonjour Mathieu et Nathan,
Je vous remercie beaucoup d’êtres entrés en contact avec moi.
Je vais donc tenter de répondre par écrit aux différentes questions posées.
Mais je tiens avant de commencer mes réponses à vous féliciter pour votre participation au prix du roman historique jeunesse.
J’espère que la sélection vous plaît et que vous prenez plaisir à lire tous les livres.
Lire, c’est être libre. Nous avons la chance dans notre pays de pouvoir découvrir, apprendre, se distraire au travers des livres, c’est un droit dont il faut user et abuser 🙂

1 : Nous avons apprécié votre livre mais sur la fin on reste déçu car on a envie de savoir la suite ; nous voulions savoir s’il y en aurait une ?

Concernant la fin du livre, beaucoup de lecteurs pensent la même chose que vous. Il m’arrive fréquemment de relire dans des écoles le dernier paragraphe du livre pour m’assurer que les enfants n’ont réellement pas compris. Et à chaque fois, je découvre que tout le monde a compris, mais qu’en vérité, tout le monde aimerait que l’histoire continue encore un peu.
Pierre dit qu’il retourne à Haubourdin avec le petit Gustave et qu’il ne se doute pas qu’Elisabeth l’attend. C’est donc bien qu’ils vont se retrouver 🙂
Je vais vous faire une petite révélation qui va vous conforter dans ce sens.
Très peu d’enfants connaissent ce petit secret que je ne délivre qu’aux classes dans lesquelles je suis intervenue.
Mais pour vous aujourd’hui, je fais une exception parce que vous le méritez 🙂 Reprenez l’album de L’horizon bleu au début et allez sur la page où sont étalées plusieurs photos que présente Elisabeth. Il y a des paysages, une photo de Pierre… et que vous voyez vous d’autre ?… Deux de ces photos ne vous interpellent-elles pas ? Qui sont ces deux enfants ?… Vous avez trouvé, vous avez deviné ? Je suis certaine que ces 2 photos vous apporteront la réponse que vous attendiez. Je crois que maintenant, vous savez ce que Pierre, Elisabeth et Gustave sont devenus Mais chut, c’est un secret ! 🙂

2 : Comment vous est venue l’idée d’écrire ?

J’ai toujours aimé lire et écrire des histoires. Mais mes premiers textes étaient très courts et pas bons du tout, enfin je l’imagine parce que je n’avais que 12 ou 13 ans.
C’est vers l’âge de 23 ans que j’ai commencé à écrire de « vraies » histoires. Elles faisaient d’abord 1 page, puis 3, puis 10 et ensuite, elles sont devenues des romans de 200 ou 300 pages.
Mais il a fallu du temps, de la patience et surtout beaucoup de travail. Je pense qu’écrire est une passion et que cette passion me vient de ma grand-mère qui me racontait tous les soirs des histoires qu’elle inventait.
Mon imagination a commencé à s’éveiller très trop et comme en plus, je suis très curieuse, j’aime imaginer des univers autour de mes personnages.

3 : Vivez vous de votre passion ou avez vous un autre métier ?

J’ai longtemps cumulé le métier de graphiste et d’auteur.
J’écrivais la nuit. Ce n’était pas facile et très fatigant. Mes nuits étaient très courtes !
Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, il est difficile de vivre de ses droits d’auteur et beaucoup d’écrivains exercent une profession en parallèle pour vivre correctement.
Depuis 2 ans, j’ai « la chance », mais c’est le résultat d’un travail acharné, de vivre un tout petit peu de mes livres et des interventions dans les écoles. Heureusement, mon mari a lui un bon travail, sinon…
Mais si un jour mes livres se vendent moins, si un jour je ne trouve plus d’idées ou si les éditeurs n’acceptent plus mes ouvrages, alors je devrais cumuler de nouveaux ces 2 métiers… Je croise les doigts !

4 : Avez-vous vous-même vécu cela par vos parents ou grand parents qui ont participé à cette guerre ?

Oui, en effet. Mes grands parents ont connu la première et seconde guerre mondiale.
Ils ont été fort marqués et ma grande mère maternelle m’a toujours raconté ce qu’elle avait vécu, comment elle avait ressenti la pression, la faim, la peur…
La ville d’Haubourdin dont je parle dans L’horizon bleu est ma ville de naissance. La guerre y a fait de gros ravages et a beaucoup marqué les esprits des anciens.
Entendre parler de l’invasion allemande, des bombes qui ont détruit l’église à plusieurs reprises, des pas des allemands sur les routes pavées, etc… était très courant.
J’ai donc grandi avec ces souvenirs et ils sont ressortis dans ce livre.
L’horizon bleu est un hommage que je rends à mes grands parents qui ont été très courageux pendant la guerre.

J’espère avoir répondu au mieux à vos questions.
N’hésitez pas à me dire si vous avez deviné la suite de l’horizon bleu en regardant les photos.
Je vous souhaite plein de bonheur avec les livres 🙂 , et vous félicite encore une fois pour votre implication dans ce prix littéraire.
Avec toute mon amitié,
Dorothée Piatek.


Bonjour les enfants,
Merci beaucoup pour votre gentil message.
Je suis heureuse que l’horizon bleu vous ai plu. Je vais tenter de répondre au mieux à vos questions.

1 : Pourquoi avez-vous choisi d’écrire de façon épistolaire ?

Les lettres étaient à l’époque le seul moyen de communication possible entre les familles.
Si le courrier arrivait, on savait alors que l’être cher était encore vivant.
Le téléphone, Internet, la radio etc. n’existaient pas.
Mais il y a aussi une autre raison ! Je vous fait là une confidence…
Je suis une grande curieuse, et écrire des lettres d’amour entre Pierre et Elisabeth était pour moi très excitant !
Vous imaginez, j’étais la seule à savoir ce qu’ils se racontaient 🙂
J’ai pensé que des lecteurs pourraient eux aussi aimer découvrir l’intimité de ce couple, comprendre à quoi ils pensaient, s’ils se manquaient, s’ils s’aimaient toujours etc.

2 : Allez-vous faire une suite à ce roman ?

Non. Dès le début j’ai dit à Yann qu’il n’y aurait pas de suite. La suite, on s’en doute.
Pierre rentrera chez lui et réapprendra à vivre « normalement ». Il mettra du temps à se remettre de cette guerre, car il a été traumatisé comme beaucoup d’hommes.
Ensuite, passeront quelques années, paisibles, puis la seconde guerre mondiale arrivera… J’espère que Pierre ne l’a pas faite… Qu’il aura été épargné.

J’espère que mes réponses vous satisferont.
Encore merci d’être venue vers moi.
A très bientôt.
Amitiés,
Dorothée Piatek


Le 5 mai 08 à 15:45, Prix du Roman Historique a écrit :

Chère Dorothée Piatek,

Nous nous appelons Noémi et Coralie, nous sommes au collège Augustin Thierry à Blois et nous participons au prix de roman historique jeunesse du Loir-et-Cher, avec notre classe de 5°3.
Nous avons décidé de vous écrire a propos de votre livre de « l’horizon Bleu ». Nous l’avons bien aimé car il y a de l’action et c’est aussi une preuve d’amour pour sa femme.
Nous avons trouvé le thème de la guerre un peu triste mais le livre est quand même génial.
Nous aimerions aussi vous poser une question : Pourquoi avez-vous choisi le thème de la première guerre mondiale ?
Cordialement,
Noemi et Coralie.

Bonjour Noemi et Coralie,
Votre mail me fait très plaisir. Merci beaucoup. Je suis heureuse que mon livre vous ai plu.

Pour répondre à votre question :
Yann Hamonic (l’illustrateur de L’horizon bleu) m’a fait part à l’occasion d’une discussion téléphonique de son rêve de réaliser un jour un album sur la première guerre mondiale en souvenir de son grand père.
Sur le coup, j’étais réticente parce que la guerre me fait peur et je me suis dit : « Pas de chance, je suis tombée sur un vrai garçon ». Mais dès que j’ai eu raccroché, j’ai repensé à tous ces souvenirs que me racontait ma grand mère quand j’étais enfant.
J’ai donc réfléchit et me suis dit qu’il y avait peut-être moyen de parler de la guerre pour dénoncer le mal qu’elle pouvait faire et non un livre qui parle des armes, du sang, des batailles etc.
J’avais très envie de travailler avec Yann Hamonic, j’aimais tellement ses dessins ! En 3 jours, toute l’histoire de L’horizon bleu était tracée dans ma tête.
Je l’ai donc rappelé Yann pour lui raconter et il m’a dit : « On fonce ! ».
Ce fut une belle expérience. Il a fallu 9 mois pour réaliser ce livre que nous ne destinions pas à l’édition.
Nous pensions que l’horizon bleu n’intéresserait personne et avions envisagé de l’imprimer simplement en 2 exemplaires, 1 pour lui, 1 pour moi.
Autour de nous, les gens trouvaient que nous perdions notre temps, que la première guerre mondiale tout le monde s’en fichait.
Mais quand le livre a été terminé, Yann et moi avons senti qu’il y avait quelque chose à faire avec.
Je suis donc allée voir un éditeur qui à tout de suite dit : « Je le prends ! » et l’aventure de l’horizon bleu a commencé…

J’espère avoir correctement répondu à votre question.
Bonne fin de prix du roman historique !
Amicalement,
Dorothée Piatek